Le Purin d’Ortie de Grand-Mère Renée : Engrais Gratuit et Bouclier Contre les Pucerons

Derrière le tas de bois, un carré d'orties que personne n'avait le droit d'arracher. Là où les visiteurs voyaient une mauvaise herbe, Grand-Mère Renée puisait une pharmacie verte et un engrais gratuit, qu'elle tirait seau après seau d'une macération fétide mais miraculeuse.

Au fond du jardin de Grand-Mère Renée, derrière le tas de bois, poussait un carré d’orties que personne n’avait le droit d’arracher. Pour les visiteurs, c’était une mauvaise herbe piquante. Pour elle, c’était une pharmacie et une réserve d’engrais gratuite. De cette plante mal-aimée, elle tirait un purin fétide mais miraculeux, capable de nourrir le potager et de chasser les pucerons sans le moindre produit chimique. Voici son savoir-faire, transmis seau après seau.

L’ortie, cette mal-aimée pleine de vertus #

Avant de la macérer, il faut comprendre pourquoi l’ortie est un trésor. Cette plante sauvage concentre une quantité remarquable d’azote, de fer, de potassium et d’oligo-éléments qu’elle puise profondément dans le sol. Une fois transformée en purin, elle restitue tous ces nutriments aux cultures, sous une forme directement assimilable par les racines.

Grand-Mère Renée y voyait deux usages distincts : un engrais coup de fouet riche en azote, qui stimule la croissance des feuilles et la vigueur des plants, et un répulsif qui éloigne pucerons et acariens tout en renforçant les défenses naturelles des végétaux. Gratuit, écologique, et abondant partout : difficile de faire mieux. Cette confiance dans les ressources sauvages du bord des chemins, elle la mettait aussi à profit pour ses tisanes, comme dans la cueillette des herbes médicinales de Grand-Mère Rosalie, où la nature offrait déjà tout ce qu’il fallait.

À lire Jardiner Avec la Lune Comme Grand-Mère Germaine : Jours Feuilles, Fleurs, Fruits et Racines

La récolte des orties : quand et comment #

On récolte les orties de préférence au printemps et en été, avant leur floraison, quand elles sont les plus riches en sève et en principes actifs. Munie de gants épais et d’un sécateur, Grand-Mère Renée coupait les jeunes tiges entières, en laissant le pied intact pour qu’il repousse.

Il faut compter environ un kilo d’orties fraîches pour dix litres d’eau. On hache grossièrement les tiges et les feuilles afin d’accélérer la macération : plus la surface de contact est grande, plus la fermentation libère vite les nutriments. On évite les orties poussant au bord des routes polluées ou trop près des cultures traitées, pour ne pas concentrer d’indésirables dans le purin.

La macération : patience et odeur tenace #

On dépose les orties hachées dans un grand récipient en plastique ou en bois, jamais en métal qui réagirait avec la préparation, et on recouvre d’eau de pluie de préférence, non chlorée. On couvre sans fermer hermétiquement, pour laisser respirer la fermentation, et on place le seau à l’ombre, loin des fenêtres car l’odeur devient redoutable.

Chaque jour, on remue avec un bâton. Des bulles remontent à la surface : c’est la fermentation qui travaille. Au bout de huit à quinze jours selon la température, quand le liquide ne fait plus de bulles à l’agitation, le purin est prêt. Cette attente, cette lecture des signes de la fermentation jour après jour, rappelle la patience du potager tout entier, celle qu’on retrouve quand on apprend à conserver ses graines de tomates comme grand-mère, autre geste où le temps fait tout le travail.

À lire Bouturer ses Plantes Comme Grand-Mère Odette : Géraniums, Rosiers et Boutures Dans l’Eau

On filtre alors le liquide à travers un vieux torchon ou un tamis pour retirer les débris végétaux, qui rejoindront utilement le tas de compost. Le purin filtré, brun foncé et odorant, est prêt à l’emploi ou à la conservation.

Les bons dosages : engrais ou répulsif #

Tout l’art tient dans la dilution, car le purin pur brûlerait les plantes. Grand-Mère Renée appliquait deux règles simples. Pour l’usage engrais, on dilue le purin à dix pour cent : un volume de purin pour neuf volumes d’eau. On arrose le pied des plantes, jamais le feuillage, tous les quinze jours environ pendant la pleine croissance. Les tomates, courgettes, choux et salades en raffolent.

Pour l’usage répulsif contre les pucerons, on dilue plus fort, à vingt pour cent : un volume de purin pour quatre volumes d’eau. On pulvérise cette fois sur le feuillage, tôt le matin ou en soirée, en insistant sous les feuilles où se cachent les colonies. L’odeur et la composition du purin perturbent les ravageurs et renforcent la plante. On renouvelle l’opération tous les huit à dix jours en cas d’invasion.

Conserver son purin et bien l’utiliser #

Un purin bien fait se conserve plusieurs mois, à condition de le stocker à l’abri de la lumière et de la chaleur, dans des bidons opaques fermés et remplis à ras bord pour limiter le contact avec l’air. Grand-Mère Renée étiquetait toujours ses bidons avec la date de fabrication, comme elle le faisait pour ses bocaux de cuisine.

À lire Chasser les Limaces du Potager Comme Grand-Mère : Cendre, Bière et Coquilles d’Œufs

Quelques précautions enfin : on n’utilise jamais de purin sur des plants en pleine floraison de fruits qu’on s’apprête à récolter, et on respecte les dosages, car trop d’azote favorise les feuilles au détriment des fruits. Bien employé, ce simple liquide remplace à lui seul une bonne partie des engrais et traitements du commerce. Une plante piquante, un seau, un peu de patience, et le jardin retrouve sa vigueur sans rien dépenser : voilà toute la sagesse économe et écologique de Grand-Mère Renée.

Ilovemagrandmere.fr est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Partagez votre avis